LES FONDAMENTAUX DE LA SOUPLESSE (PARTIE 1)

Par René Adamski, kinésithérapeute, fondateur et formateur Antalgym

La souplesse est une qualité musculaire que chacun devrait prendre en compte tout au long de sa vie.

Dans cet article, vous découvrirez comment l’enraidissement des articulations, des muscles et des fascias s’installent progressivement au cours de l’existence, les effets les effets délétères innombrables pour le corps et les solutions que la méthode Antalgym a mis au point pour répondre à ce phénomène.

La souplesse est définie comme « la capacité à assurer l’amplitude de déplacement la plus complète possible des segments osseux autour d’une articulation. […] Dans le mouvement humain, la souplesse dépend de l’intégrité des articulations, de l’extensibilité des tissus mous (muscles, tissus conjonctifs et peau) et de l’amplitude articulaire. Les tissus doivent conserver une longueur de repos et une souplesse appropriée pour permettre la mobilité et l’achèvement des activités de la vie quotidienne ».1

Notre force musculaire, notre motricité, notre adresse se développent dès le début de l’existence, jusqu’à un âge avancé de notre vie, pour finalement se dégrader. Ce n’est pas le cas de l’élasticité musculaire, qui se perd dès les premiers jours de l’existence et ne cesse de décroître jusque à la fin de la vie. Nous naissons extrêmement souple, mais dès le début de la vie beaucoup de nos amplitudes articulaires ont déjà diminuées. La souplesse est une qualité physique qui décroit avec l’âge et qui est plus développée chez la femme.2

J’ai pu remarquer en tant que kinésithérapeute combien les jeunes enfants étaient déjà très enraidies, certes de façon inégale et injuste d’un enfant à l’autre. Quoi qu’il en soit, le phénomène a commencé et il va falloir le prendre en compte le plus rapidement possible.

Avant d’envisager toutes les conséquences fâcheuses de l’enraidissement musculaire sur notre santé, nous allons identifier et expliquer le processus de cet enraidissement.

Premièrement, il faut savoir que la perte de souplesse se fait à notre insu au fil du temps, jusqu’au jour où les problèmes douloureux arrivent : nous constatons alors que nous avons perdu beaucoup de souplesse et de confort dans nos mouvements. Cette perte de souplesse se fait de façon insidieuse car le corps s’adapte à son enraidissement progressif, et nous arrivons presque toujours à nos fins lorsque nous souhaitons faire un mouvement.

Un mouvement souple est celui qui amène une articulation ou une suite d’articulations dans une amplitude physiologique maximale, sans douleurs et sans compensations. La compensation est le moyen que le corps utilise pour aboutir à son action lorsque que le mouvement est freiné dans son amplitude physiologique par un enraidissement qui empêche celui-ci.

Quelques exemples où vous allez sans doute vous reconnaître

Chaine postérieure

Avec une raideur sur l’arrière des cuisses, lorsque nous devons nous pencher en avant pour ramasser un objet de façon instinctive, nous plierons les genoux pour se faire. Cette flexion des genoux sera de plus en plus importante au fur et à mesure de la rétraction des muscles postérieurs. Seule l’analyse du mouvement correct pourra nous faire prendre conscience de cette raideur. Le mouvement correct étant
l’addition de l’élasticité équilibrée entre les mollets, les ischio-jambiers, les fessiers et le dos.

Attention : une personne très souple de la chaine mécanique postérieure des membres inférieurs pourra aisément poser les mains à plat parterre sans solliciter la colonne vertébrale en flexion (dans ce cas, la rigidité de la colonne vertébrale peut passer inaperçue). De la même manière, une capacité
d’hyperflexion de la colonne vertébrale peut aboutir au même résultat masquant ainsi la raideur de la chaine mécanique postérieure des membres inférieurs.

Quoiqu’il en soit, vous aboutirez au résultat souhaité inconsciemment de la raideur installée.

Rachis cervical

De la même manière, si nous devons nous retourner pour regarder derrière nous, nous solliciterons toujours la zone souple. Lorsque vous devez faire une marche arrière en voiture, vous allez solliciter différentes zones de la colonne vertébrale pour regarder derrière vous. Ainsi, vous solliciterez la zone cervicale ou le reste de la colonne vertébrale selon la zone restée souple. Si ce n’est pas le cas, vous ferez votre marche arrière au rétroviseur.

Quoiqu’il en soit, vous aboutirez au résultat souhaité inconsciemment de la raideur installée.

Scapulo-humérale

Si vous avez du mal à attraper un objet placé en hauteur en raison d’un enraidissement des épaules, vous prendrez un escabeau ou alors vous placerez les objets plus bas, mais toujours sans réagir à l’enraidissement des épaules.

Nous pourrions citer de nombreux autres exemples.

La souplesse est une qualité musculaire que nous n’aimons pas travailler, contrairement à la musculation ou à l’endurance. Ce travail, en plus d’être parfois désagréable ne retient pas l’intérêt des personnes dans la mesure où sa diminution ne nous perturbe pas dans notre activité quotidienne, comme nous venons de le voir dans les exemples précédents.

Mais, il faut savoir qu’il est beaucoup plus facile de maintenir une souplesse plutôt
que de la récupérer, même si cette récupération reste toujours possible quel que soit l’âge et la perte de celle-ci.

Étudions les causes principales de l'enraidissement musculaire

Le premier principe est une règle générale. Tout tissu musculaire, fascial, articulaire se rétracte dans la mesure où il n’est pas sollicité dans sa capacité maximale d’allongement lors d’un mouvement.

De façon un peu extrême, mais pour illustrer notre propos, nous prendrons l’exemple de l’articulation du genou mise sous plâtre en extension pendant une longue période. Au sortir de l’immobilisation, les muscles et fascias antérieurs de la cuisse se sont rétractés, car jamais sollicités vers l’allongement pendant l’immobilisation, limitant ainsi de façon parfois considérable la flexion du genou. Fort heureusement, un travail d’étirement progressif de ces muscles va permettre la récupération de la mobilité. Il est bien évident que si nous restions longtemps sans récupérer cette souplesse, il serait
beaucoup plus compliqué de la retrouver.

Le même phénomène se produit, lorsque dans notre vie quotidienne nous n’amenons jamais nos articulations et nos chaines mécaniques dans l’amplitude complète du mouvement possible. Plus cette prise en compte est précoce, plus la récupération est facile.

Nous allons considérer de façon séparée tout d’abord la souplesse articulaire et la souplesse musculaire, puis nous travaillerons sur la chaîne mécanique et aborderont la souplesse des fascias.

Souplesse articulaire et la souplesse musculaire

L’amplitude maximale des articulations dans toutes les directions est parfaitement connue. Nous n’allons pas les détailler dans cet article. Globalement, toutes les articulations du corps s’enraidissent au fil du temps dans toute ou partie des plans de l’espace. Mais ceci de façon très inégale en fonction des mouvements de notre vie quotidienne. Ainsi, la flexion des genoux sera plutôt bien maintenue car nous avons fréquemment l’occasion de nous accroupir ou de nous mettre à genou.

Notre mode de vie actuel nous amène en position assise durant une longue période en cours de journée (repas, transports, travail…) ajouté à une position fœtale durant le sommeil, les hanches vont ainsi être de façon prépondérante en flexion. Ceci entrainera une rétraction des muscles fléchisseurs et des tissus antérieurs du bassin, limitant le mouvement arrière de la cuisse. Celui-ci ne pourra se faire que par une bascule vers l’avant du bassin associée à une augmentation de la cambrure. Là encore, nous faisons face à un phénomène de compensation à l’enraidissement. 

Les tissus périarticulaires et les muscles vont se rétracter dans le sens du mouvement le plus fréquemment exécuté, limitant par la même le mouvement antagoniste. Sans vouloir rentrer dans l’intimité physiologique et chimique du muscle, il faut malgré tout savoir que la contraction musculaire se fait par l’augmentation de l’interpénétration des filaments d’actine et de myosine au niveau des myofibrilles, l’allongement du muscle se faisant par la diminution de cette interpénétration. De plus, pour des raisons probables de confort et de sécurité, les filaments se mettront spontanément vers l’interpénétration, ce qui amène à un raccourcissement spontané progressif du muscle au repos. Ce qui peut expliquer notre position de sommeil où l’on mettra nos muscles les plus raides en position courte. Ceci peut également
expliquer la sensation de raideur au réveil avec un besoin de s’étirer en ouverture.

Il faut également savoir que ces myofibrilles, les fibres musculaires et le muscle lui-même, sont entourés de tissus
conjonctifs qui viennent d’une part, créer des zones d’ancrage des différentes fibres, mais viennent également donner de la solidité au muscle. Ce tissu conjonctif est élastique, mais beaucoup moins que la fibre musculaire.

Je reste convaincu que c’est bien ce tissu conjonctif qui, par sa rétraction, vient
fixer la raideur de façon progressive du mouvement.

Or ce tissu conjonctif parcoure le corps dans sa totalité sans interruption, ce qui explique que toutes les parties du corps sont interconnectés et dépendent les unes des autres, dans le mouvement, d’où la nécessité d’un travail global des postures3.

Les choses importantes à retenir, sont d’une part que le muscle évoluera vers sa position de rétraction pour le confort et la sécurité, et que de ce fait son environnement conjonctif va également se rétracter. Voilà aussi pourquoi l’enraidissement myofascial s’installe progressivement à notre insu.

Expliquons à présent pourquoi le phénomène de rétraction une fois démarré ne peut que s’accentuer. Dans notre vie quotidienne, nous n’irons jamais au bout de l’amplitude maximale car, du fait de la rétraction, celle-ci serait inconfortable et douloureuse. Lorsque vous vous penchez en avant, si vous êtes raide, vous plierez vos genoux pour atteindre le sol avec les mains, pour rester dans un confort de mouvement et éviter la douleur. De part ce contexte, la raideur ne peut que s’accentuer pour la raison suivante : imaginons que genoux tendus, si la douleur sur l’arrière des jambes liée à l’étirement
apparaît lorsque la pointe des doigts est au sol, vous plierez inconsciemment vos genoux à quelques centimètres du sol afin d’éviter la douleur. Comme le muscle ne sera jamais sollicité dans son amplitude maximale sur ces quelques centimètres, les fibres musculaires et les fascias vont continuer de se rétracter dans cette zone d’amplitude. Ainsi, le muscle perdra de façon progressive et continue de sa capacité d’allongement tout au long de l’existence.

On pourra constater de la même façon l’enraidissement du muscle quadriceps et de la péri-articulation antérieure du genou, si nous ne sollicitons pas régulièrement la flexion totale du genou, talon aux fesses, hanche en extension.
Vous aurez compris que pour des raisons de confort, de sécurité et de non-douleurs, le mouvement ne se fera pas dans la totalité de sa capacité d’allongement physiologique et c’est ainsi que la raideur s’installe.

1 : ANSES (2016)
2 : Malina, R.M., and Bouchard, C. (1992). Growth, Maturation, and Physical Activity. Medicine and Science in Sports and Exercise – MED SCI SPORT EXERCISE 24.
3 : Anatomy Trains – Thomas W. Myers (2018)